Tuesday, 1 March 2016

Concert de musique japonaise : Le Japon Revisité


Atelier de flûte - Twitter -  @Atelierdeflute




par Sophie Ackermann

Ce 11 février 2016, à l’Atelier Marcel Hastir à Bruxelles, les musiciens Nozomi Kanda, Hideaki Tsuji et Tsubasa Hori nous ont emporté quelques heures dans un monde hors du temps emprunt parfois de nostalgie, de pureté et de sobriété, mais aussi de joie, de danse et d’énergie revigorante ou encore de perfection et de puissance. Les plus jeunes autant que les grands n’ont pu qu’apprécier ce moment magique. Les instruments principaux de ce soir :

la flûte (tantôt japonaise: le shinobue et tantôt classique : la flute traversière),

les percussions japonaises (Taiko),

et le Shamisen (instrument à cordes) et guitare.

Si habituellement la " description" d'un concert se fait du point de vue du public, j'ai pour ma part une approche venant de " derrière la scène", tout en découvrant ce projet pour la première fois ! Par ailleurs, le concert proposé ce soir-là est à considérer non seulement par le programme musical en soit, mais également par tous ses contours et couleurs : tant dans sa préparation, que pour son aspect esthétique, philosophique, et même gastronomique!

En effet, dès son arrivée pour la soirée, le public se voit accueillir par des jeunes filles (japonaises pour la plupart) en kimono ou yukata, courbettes et politesse oblige, permettant ainsi à chacun de se préparer au concert, de vivre les habitudes du Japon et sa philosophie.


 L’habillement (du kimono) est un point important. Les tissus sont colorés, dans une palette de tons doux ou nets, à motifs fleuris ou carrés, tout en respectant une élégance certaine mêlée de sobriété. Mettre un kimono n’est pas si simple. Avant que les premiers auditeurs-spectateurs n’arrivent, les jeunes aides, les deux musiciennes et moi-même nous éclipsons pour nous apprêter. Je dois dire que je me suis vite retrouvée démunie quand j’ai compris qu’il ne suffit pas de rabattre les deux pans de tissu sur le devant puis de couvrir le tout par le obi ( ceinture large en tissu) ! Mais les japonaises sont rapides et en un tour de bras (ou de corps) Nozomi, la flûtiste, s’habille, aide les autres et moi-même. Elle se maquille aussi. Le visage est presque blanc, les lèvres rouges et les yeux sont bordés d’un trait noir. Les détails des cheveux maintenus en hauteur, pinces, broches et autres décorations sont choisis avec soin, ce qui ne manquera pas de marquer les curieux et les admirateurs.


Je cours, c’est déjà l’heure. La table a été préparée de façon rapide et ordonnée (j’ai pu à ce moment enfin expérimenter la vivacité d’esprit et de serviabilité renommée des japonais !), et lorsque nous revenons de notre habillage, la salle d’accueil est déjà bien remplie. Quelle table ? Eh bien...celle des dégustations (mhhhmmm... ), comme promis ! 


Le public a eu le bonheur de choisir son repas du soir parmi différentes propositions gustatives typiquement traditionnelles : futomaki, inari zushi, yakitori, et karaage pour les saveurs salées, daifuku et pâte de haricot rouge pour les saveurs sucrées, le tout accompagné d’un bon thé vert chaud ou froid et des sourires et encore une fois courbettes (impossible d’y résister) des volontaires en kimono. Les délices ont disparus dans les estomacs avant même que la présentation des instruments ne commence.


 La présentation fut très intéressante, d’une durée d’à peu près une demi-heure, où chaque musicien parla avec cœur de ses instruments, en illustrant les différentes sonorités et styles par de petites démonstrations musicales individuelles. Après une courte pause, le moment tant attendu débute.
  
D’abord à deux musiciens sur scène, avec le shinobue et le shamisen, une atmosphère un peu en suspens se crée. Attentifs à ce qui se trouve devant notre regard, nous entendons alors un son pur se répercutant dans les quatre coins de la salle. En vêtement noir traditionnel, presque intimidante par sa force intérieure et sa concentration, la percussionniste Tsubasa entre sur scène par l’arrière du public, très lentement mais assurément, le pas mesuré et une gestique suivant un mouvement parfait. C’est avec une simple petite cymbale (chappa), mais tellement riche en sonorités et effets que l’ensemble musical prend forme. C’est pour moi ici une démonstration pure d’art : mélangeant son, image, geste, esprit. On ne sait pas non plus trop définir ou est la limite de l’improvisation et de la musique écrite, ce qui ajoute à la sensation de découverte de l’inconnu une dimension d’intérêt sans cesse solicité.




Les trois membres sur scène ont tous leur personnalité très marquée et complémentaire : Hideaki, drôle et enjoué, très bavard aussi, apporte l’humour. Nozomi, plus douce et élégante, chantant parfois ou appelant le public à participer, ne manque pas de particularité. Et Tsubasa, droite, puissante et pourtant sensible apporte une rigueur coupée par des esquisses de sourires motivés par la musique lorsqu’elle joue. Le groupe nous interprète des pièces qui semblent parfois mystiques, et d’autres traditionnelles parfois très amusantes. Le public est amené à chanter avec le groupe : notamment « Tchakkiri bushi » (j’en ai retenu surtout le « tcha kiri na » chanté en cœur !), cette chanson entraînante pour encourager les travailleurs à couper les feuilles de thé dans les plantations. 

Un peu la version japonaise de « siffler en travaillant ». Chanter, frapper dans les mains, voire danser (!), on se laisse entraîner dans un tourbillon musical à la fois un peu innocent et pourtant touchant les êtres au plus profond d'eux-mêmes. Impossible de ne pas mentionner la berceuse « Warabi gami » : au chant, Tsubasa, accompagnée par la flûte traversière et la guitare. Les gens retenaient leur souffle, voire quelques larmes. Le chant dit, et son interprétation, m’a personnellement transpercée par sa sincérité, sa beauté et sa mélancolie. 


Le concert et la soirée en général fut de haute qualité et je ne manquerai pas d’y participer à nouveau. Que l’on soit fan du Japon ou complètement étranger à cette culture, que l’on soit musicien ou simplement intéressé, c’est un moment magique à expérimenter qui satisfait tout le monde sans exception !